On assiste à une manifestation de conformisme idéologique fondée sur des fantasmes imposés et exploités depuis longtemps par la propagande des milieux féministes ralliés à l'utopie abolitionniste. Il s'agit de la frange la plus sectaire, puritaine et vindicative du néo-féminisme, dont les thèmes de propagande ont imprégné l'opinion d'une partie notable de la classe politique. Les néo-féministes ont notamment imposé leur vision négative de l'homme, du mâle humain, en tant que violent, dominateur, exploiteur et violeur potentiel. Si les clients doivent être pénalisés, c'est avant parce qu'ils sont des hommes. Cette vision androphobe ou misandre s'inscrit dans une véritable conception du monde, fondée sur la thèse selon laquelle la «domination masculine» ou le «patriarcat» explique la plupart des malheurs du monde. Elle implique de classer tous les humains en dominants et dominées, coupables (hommes) et victimes (femmes), et ainsi alimente la guerre des sexes. L'alibi des abolitionnistes est la décriminalisation des prostituées, qui passent ainsi du statut de délinquantes à celui de victimes innocentes. Les clients, quant à eux, sont coupables par nature, puisqu'ils sont du sexe dominant et exploiteur. Ils peuvent donc être criminalisés, et assimilés plus ou moins aux proxénètes. Cette vision manichéenne empruntée à un féminisme punitif et androphobe est au principe du projet de loi.

Pierre-André Taguieff (article paru dans Le Figaro).